Le couperet électoral tombe désormais sans pitié pour les candidats
qui ne brillent ni par leur charisme
ni par la puissance de leur message. Daniel
Peters, candidat de la CDU dans le Land de
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale,
est un homme tout à fait sérieux et sympathique qui a malheureusement choisi
de faire campagne sur l’idée que
la politique serait essentiellement
comme un sandwich au poisson,
c’est-à-dire que le meilleur se trouverait au centre. Partant de ce
principe, on pouvait rapidement
conclure que la CDU est à peu près
aussi réjouissante qu’un morceau de pain
sec et aussi vive qu’un filet de poisson mort.
Dimanche soir, [dans ce Land du nordest du pays], après quelques heures d’agonie, la CDU a fini par se fracasser contre
le mur des 5 % [minimum pour être représentée au Parlement]. Une humiliation que
ce parti, pilier du gouvernement, n’avait
jamais vécue.
La CDU n’est plus que l’ombre d’ellemême. En l’espace de deux semaines, les
conservateurs ont perdu le pouvoir en SaxeAnhalt [où l’AfD est arrivée en tête] et à
Berlin [où la gauche radicale, Die Linke, a
obtenu le plus de voix], et ils ont été réduits
à l’état de groupuscule en MecklembourgPoméranie-Occidentale. Et ce ne sont pas
les seuls Länder où ils sont de plus en plus pris en étau entre l’AfD et les partis de
gauche. C’est en partie la faute du chancelier Friedrich Merz, qui se montre rarement empathique ou seulement engageant,
mais c’est aussi celle du parti, qui ne cesse
de le remettre en question et contribue à
son image de perdant.
Son intervention, juste après la fermeture des bureaux de vote, pour indiquer
qu’il resterait à son poste et maintiendrait
ses réformes, montre combien il se trouve
en position délicate. Il a raison
de rappeler que le mandat d’un
chancelier doit être solide et que
l’Allemagne, garante de la stabilité européenne, n’a pas le droit de
faiblir. Reste que l’on se demande
combien de temps encore la CDU
défendra son chancelier. En Allemagne, les
élections locales peuvent créer une dynamique politique difficile à maîtriser ensuite.
Le scrutin de dimanche a toutefois comporté quelques bonnes nouvelles pour le
centre démocratique. Le retour en force de
la sociale-démocrate Manuela Schwesig en
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Il
y a un an, la ministre-présidente du Land
rassemblait moitié moins d’intentions
de vote que l’AfD, parti classé comme
organisation d’extrême droite. Schwesig
a toutefois réussi à rattraper son retard
et devrait rester à son poste. Si elle n’a
pas cassé la montée de l’AfD, qui a déjà
conquis la Saxe-Anhalt, au moins a-t-elle
réussi à l’endiguer.
La remontada de Schwesig montre que
les élections se remportent davantage avec
des personnalités fortes et chaleureuses
que sur les programmes. C’est ainsi que
Heidi Reichinnek a ranimé Die Linke et
que Cem Özdemir a défendu la place des
Verts dans le Bade-Wurtemberg. En SaxeAnhalt, le charisme du candidat de l’AfD,
Ulrich Siegmund, lui vaut une admiration
quasi religieuse de la part de ses partisans.
Candidats chaleureux. À présent, c’est
Schwesig qui douche les espoirs d’une AfD
grisée par ses récents succès. Leif-Erik
Holm, candidat du parti d’extrême droite
en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale,
n’était pas aussi avenant que Siegmund, et
peut-être n’était-il pas assez radical. S’il a
remporté le scrutin, il n’a toutefois pas réussi
à distancer les partis centristes comme en
Saxe-Anhalt. C’est surtout grâce à Schwesig,
qui s’est posée en rempart contre l’extrême
droite avec son slogan “Frau gegen Blau”,
littéralement “La femme contre le bleu”
[le bleu symbolisant l’extrême droite en
Allemagne].
En position de force, Manuela Schwesig
devrait affirmer ses ambitions. Pour les
partis démocratiques du centre, ce résultat montre qu’ils peuvent résister à l’AfD,
à condition de présenter des candidats
énergiques et sympathiques.
L’expérience du pouvoir est aussi un avantage: Schwesig a déjà effectué deux mandats de ministre-présidente. Elle a certes
pris ses distances par rapport au SPD du
gouvernement fédéral et à ses réformes
impopulaires, mais l’élément décisif semble
avoir été sa personnalité, jugée plus engageante que celle de ses adversaires.
À Berlin aussi, une personnalité a su se
démarquer: Elif Eralp, candidate charismatique de Die Linke, qui a fait campagne
sur la promesse de rendre la capitale “abordable”. Eralp a notamment annoncé son
intention d’exproprier les grands groupes
immobiliers. Cela ne suffira certainement
pas à résoudre la crise du logement, mais la
candidate s’est révélée suffisamment crédible pour s’imposer face aux partis de la
coalition, CDU et SPD.
Renforcée, Manuela Schwesig devrait à
présent faire valoir ses ambitions au niveau
fédéral et remettre en cause les réformes du
chancelier. On pourrait voir ressurgir son
slogan de campagne – “Frau gegen Blau”
– aux prochaines élections du Bundestag.
Entre-temps, si elle espère être encore de
la partie, la CDU doit se ressaisir.
—Nicolas Rich
La grande muette
MALI — “Cent disparus, aucun
nom” : ainsi s’intitule un article
du journaliste malien en exil
Sambou Sissoko publié, le
20 septembre, sur sa page
Facebook. Il revient sur l’assaut mené le 10 septembre par
le Groupe de soutien à l’islam
et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida) contre le camp
militaire de Dioura, au centre
du Mali. C’est la quatrième
fois, selon lui, que les djihadistes ciblent cette garnison
depuis 2019. “Dix jours plus
tard, l’État malien n’a toujours
pas dit combien de ses soldats y
sont morts”, écrit le chroniqueur.
Le 17 septembre, le GSIM a dit
avoir tué 150 soldats maliens et
en avoir capturé 93 autres. Les
djihadistes ne relâchent pas la
pression. En témoignent ces
nouvelles salves dans la nuit du
18 au 19 septembre, ciblant à la
fois un poste de contrôle en périphérie de Bamako et un hangar
de drones de l’armée à Sévaré,
dans le centre, lit-on dans Sahel
Un scrutin
sans surprise
R U S S I E —
“Russie unie
c r é e r a u n
groupe d’une
a m p l e u r
sans précéd e n t d a n s
la nouvelle
assemblée de
la Douma”, écrit le quotidien
Kommersant à la une de son édition du 22 septembre. À l’issue
des élections législatives, le parti
dirigé par Dmitri Medvedev a
officiellement obtenu près de
58 % des suffrages, résultat qui
lui assure au moins 348 sièges
– les chiffres définitifs seront
annoncés le 25 septembre. Les
quatre autres partis en lice,
qui incarnent une opposition
homologuée par le Kremlin,
conservent leur représentation
au Parlement. “Dans un contexte
de guerre, de pression extérieure et
d’incertitude géopolitique, la réaction naturelle a été pour beaucoup
de rechercher le soutien du pouvoir et d’appuyer son action”, veut
croire dans Kommersant le politologue Konstantin Kalatchev.
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