Carburants. Pénurie annoncée. Partout dans le monde, les prix des carburants flambent.En cause, la fermeture du détroit d’Ormuz, mais aussides capacités mondiales de raffinage devenues insuffisantes

La colonne de fumée au-dessus de la
raffinerie de Kapotnia, au sud-est
de Moscou, témoigne de l’une des
plus lourdes attaques aériennes menées par
l’Ukraine contre la capitale russe depuis
le début de la guerre. C’est aussi le dernier
épisode en date d’une crise énergétique
qui touche ménages et entreprises partout
dans le monde. À 2500 kilomètres
de Moscou, les automobilistes britanniques s’attendent à recevoir
l’onde de choc – celle-ci, mais
aussi celle de la guerre américanoisraélienne contre l’Iran. D’ici
quelques jours, les prix moyens
à la pompe au Royaume-Uni devraient
battre des records, comme ils le font déjà un
peu partout en Europe et aux États-Unis.
Si le cours du baril de brent fluctue
en permanence [il est repassé sous les
100 dollars le 22 septembre après avoir
avoisiné les 110 dollars], les répercussions
sur la vente de carburant au détail sont
plus lourdes et plus graves pour les particuliers et les petites entreprises, dont le
pouvoir d’achat est déjà mis à mal : sous
l’effet conjugué des dégâts causés par
la guerre aux raffineries russes et de la
crise au Moyen-Orient, l’offre mondiale
de carburant a chuté de 20 %.
Dans les stations-service britanniques,
le gazole a bondi de 54 % depuis le début
de la crise au Moyen-Orient, fin février,
pour atteindre 1,9628 livre [2,29 euros] le
litre en moyenne. Le record des 2 livres
sterling devrait être battu d’ici quelques
jours – cette barre psychologique est déjà
franchie dans certaines enseignes.
Ailleurs en Europe, les prix à la pompe
atteignent des sommets inédits depuis
quelques semaines déjà, si bien que
la grogne monte et que de plus en
plus de voix appellent les gouvernements à protéger le consommateur contre cette envolée des coûts.
Si la cote des véhicules hybrides
et 100 % électriques grimpe au
Royaume-Uni et sur le continent, portée
par la volonté de sortir des combustibles
fossiles, le gazole reste le carburant le plus
répandu, et de loin. C’est même pour de
nombreux professionnels indépendants
et petits patrons le principal poste de
dépense, qui fait tourner les transports,
les machines, les services. Le gazole est
aussi l’énergie vitale de l’agriculture et des
secteurs de la logistique et du transport
routier, dont les coûts se répercutent à la
caisse sur les consommateurs.
L’envolée des prix des carburants s’explique en partie par la montée des cours
du pétrole qu’entraîne le blocus iranien
du détroit d’Ormuz, une importante voie
de passage pour l’or noir venu du golfe
Arabo-Persique. Le baril de brent n’avait
plus été aussi cher depuis quatre ans, et
il entraîne dans son sillage les produits
du raffinage que sont le gazole et le fioul.
Importants dégâts. Mais le gros de la
crise ne vient pas d’une pénurie de pétrole.
Elle tient surtout à l’insuffisance des capacités de raffinage permettant de transformer la matière brute en carburant destiné
aux consommateurs. Depuis le début de la
guerre au Moyen-Orient, de nombreuses
raffineries de la région – d’où étaient exportés 10 % de la production mondiale de carburant – ont subi d’importants dégâts. Et
les quelques barils qui sortent encore des
usines ont bien du mal à contourner les
blocus des grandes routes commerciales.
En Russie, la production des raffineries a
chuté de près d’un tiers au cours de l’année
écoulée à la suite des multiples attaques
de drones ukrainiens, jusqu’à atteindre
son plus bas niveau des vingt dernières
années, selon l’Agence internationale de
l’énergie. La raffinerie de Kapotnia, touchée [le 20 septembre], avait déjà été
frappée en juin. Même si les exportations
de pétrole russe font l’objet de sanctions
européennes depuis 2022, une baisse
des expéditions vers d’autres régions du
monde, notamment l’Asie, risque d’entraîner une flambée des prix à l’international.
Car la Chine, qui détient les plus grosses
capacités de raffinage et était autrefois le
premier importateur de brut iranien, a plafonné ses exportations de produits pétroliers raffinés depuis le mois de mars pour
garantir l’approvisionnement national.
La chute généralisée des activités de raffinage contribue à contenir les hausses du
cours du pétrole en atténuant la demande
de brut. Mais c’est une piètre consolation pour les économistes, sachant que
l’écart entre le prix du pétrole brut et
celui des produits raffinés a dépassé
pour la première fois sur le continent la
barre des 100 dollars le baril, une hausse
qui risque de se propager à tous les secteurs de l’économie en alourdissant les
coûts de transport des marchandises et
les factures des particuliers.
“La quasi-totalité des produits vendus en
supermarché sont acheminés par camion, rappelle Richard Smith, directeur général de
la Road Haulage Association, une organisation professionnelle de chauffeurs routiers. Et quand le gazole augmente, la seule
façon [d’amortir la hausse des coûts], c’est de
la répercuter sur le prix des marchandises.”
Carburants. Pénurie
annoncée
Partout dans le monde, les prix des carburants flambent.
En cause, la fermeture du détroit d’Ormuz, mais aussi
des capacités mondiales de raffinage devenues insuffisantes.
7 jours dans le monde
Cette pression mondiale sur les réserves
de carburant pourrait frapper de plein
fouet le Royaume-Uni. Car depuis le début
du siècle, cinq des neuf raffineries britanniques ont fermé leurs portes [la France en
compte 8, contre 24 en 1975], si bien que la
dépendance du pays aux importations de
gazole est passée de 14 % de la consommation nationale au début des années 2000
à 54 % l’an dernier, d’après Fuels Industry
UK, qui représente le secteur [la France
est dépendante à près de 50 %].
“Nos dernières statistiques annuelles,
publiées il y a quelques jours, montrent une
progression de 1 % de la demande britannique en dérivés du pétrole en 2025, pour
atteindre près de 61 millions de tonnes,
indique Elizabeth de Jong, directrice de
l’organisation, alors que la fermeture des
raffineries de Grangemouth et Lindsey ont
réduit de près de 25 % notre capacité de raffinage. Nous sommes aujourd’hui contraints
d’importer quelque 55 % de notre gazole, au
prix d’une dépendance de plus en plus forte
aux réserves étrangères.”
“Les crises internationales, comme le
conflit au Moyen-Orient, sont la preuve
du rôle indispensable des raffineries britanniques et de leur importance vitale pour
notre économie”, conclut l’experte.
—Jillian Ambrose,

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